Bien avant notre ère, l’homme adopta des formes particulières poétiques et harmonieuses pour s’exprimer. L’art oratoire consiste à maîtriser l’art de la parole, tel un cavalier maîtrisant son épée. La comparaison avec l’arme est symbolique, car il n’est pas rare de voir de grands hommes qui se sont illustrés à la fois dans la guerre, dans la politique et dans l’art de la rhétorique. Les Comores voient fleurir plusieurs types d’arts oratoires, on peut citer : le « Nyandu », « l’Utendi », les « Machayinri » et bien d’autres, destinés à transmettre les normes sociales comorienne.
« La parole sans proverbe est comme une sauce sans sel »
La forme
La pratique des arts oratoires aux Comores comme partout ailleurs nécessite certaines conditions parmi lesquelles : une connaissance approfondie de la culture, un large vocabulaire de la langue, un esprit ouvert et agile et bien sûr être rodé à la prise de parole.
Le « Machayinri » est un terme qui vient de l’arabe ‘Shaear’ qui signifie ‘poésie’. Il prend la forme d’une mélodie sans la présence d’instruments de musique, se situant donc entre le chant et le récit. l’objectif étant de raconter les récits des anciens sous une forme harmonieuse. Quant au « Nyandu » c’est une pratique célèbre datant du XVI ème siècle, et qui consiste à transmettre un message à la société. … Un message parfois codé car n’est pas accessible à tous. Si le rythme poétique est toujours au rendez-vous, les rimes ne sont pas exigées.
Dans les différents arts oratoire de langue Comorienne en général et dans le Nyandu en particulier, les recours aux figures de style comme les métaphores et les allégories sont monnaie courante. Dans la pratique cela requiert beaucoup d’entraînement, mais une fois maîtriser, cela peut rapporter une renommée, et même de l’argent car on est très sollicité, notamment par la bourgeoisie de l’époque.
La technique
Il n’y a pas d’art sans technique, tout comme dans le combat, dans la danse, ou dans la peinture, le discours peut aussi être considéré comme un art. Atteint un certain niveau de performance il devient un art à proprement parler. Il semble que pour certain cet art de parler soit un don inné en eux, tandis que pour la plupart des orateurs ce n’est pas le cas il s’agit d’entraînement et de répétition, … mais aussi parce qu’il requiert de l’apprentissage, une méthodologie et donc une technique.
La communication chez les anciens comoriens était composait en majeur parti de métaphores, d’allégories et remplie d’euphémismes. Cette codification du langage fait qu’il est difficile de s’initier l’art oratoire sans une formation. C’est pourquoi, jadis les « Mnadondo » qui signifie ‘disciple’ en comorien, étaient en quête de savoir théologique, botanique, médical, et de l’art de la rhétorique, notamment la pratique de « l’Utendi ».
Le contenu
En effet, les formes littéraires ont pour finalité de diffuser les normes sociales, qui sont essentiellement régies sur des valeurs Islamiques et africaines. Ainsi les mœurs, les légendes, la tradition, tous ces facteurs qui caractérisent une société sont véhiculé dans ces formes littéraires.
Certes ces figures de styles font la richesse de la langue comorienne. Les caractéristiques du « Nyandu » ou du « Utendi » font de ceux-ci des objets de revendication identitaire. Il est de même chez nos voisins swahili, et plus généralement chez les africains, avec des figures symboliques tels que les griots, …
On peut noter que dans la culture swahili, une culture proche de la nôtre, le proverbe est omniprésent dans la société. De manière générale, les morales issues des poésies, sont des conclusions sages et moralisant suite à des histoires vraies.
Qu’il s’agisse de « l’Utendi », du « Nyandu », ou du « Machayinri » ces formes littéraires renferment un « patrimoine orale » dont les producteurs de cet art en sont les « dépositaires », tout comme les grios africains sont les dépositaires patrimoine de leur société.
Aujourd’hui les récits, les citations et les adages des anciens comoriens se transmettent principalement par voie orale, même si de grands travaux de compilations de ceux-ci ont été réalisés par les historiens et chercheurs comoriens. Connaître, s’intéresser, voir s’initier dans l’art oratoire comoriens n’est ni anachronique, ni anodin, car si cet art tombe en désuétude puis disparaît, c’est une partie de notre identité culturelle qui disparaît.
Une chose est sûre, la pratique de l’art oratoire a permis de défier le temps, pour préserver les normes sociales durant des décennies. En d’autres termes, cela a été le moyen principale pour conserver, par exemple, les épopées de Ibounassuya et de Mbayé Trambwé jusqu’au XXème siècle, car ne disposant pas d’éléments écrits suffisants.
On appel « patrimoine » tout ce qui est spécifique ou unique et qui renvoie à une société particulière. Le patrimoine est d’une importance capital car il constitue un facteur de l’identité d’une communauté ou d’une nation.
La tradition comorienne comprend un ensemble de mœurs, de pratiques sociales, de normes et de règles qui déterminent un type de comportement à adopter dans la société, et tradition littéraire orale puis écrite et qui relatent les valeurs sociale des Comores.
La Sultane comorienne Fatima Soundi binti Abderremane (1836-1878)
Les mœurs, les légendes, la poésie et les mythes font parties de la tradition littérale d’un pays. Il s’agit de moyens de vecteurs des valeurs sociales comoriennes et des normes de la vie individuelle et collective de la société comorienne. Toutes cette liste constitue ensemble le patrimoine immatériel des Comores. Bien que la tradition orale soit la première forme de littérature qu’ont connue les Comores, il existe une tradition écrite. En effet, cette tradition existe depuis que la société comorienne a connue l’écriture par le biais de la langue arabe durant la période de l’islamisation de l’Archipel.
« L’archipel comorien possède l’art de l’écriture et de l’enseignement depuis la première moitié du deuxième millénaire. Bien que la conservation par voie orale occupe une place bien plus importante ». De nombreux lettrés et savants d’origine comorienne se sont lancés dans un chantier de retranscription d’une littérature spécifiquement comorienne, afin de redécouvrir ou tout simplement de restaurer un patrimoine culturel tomber dans l’oublie.